Dans sa vidéo, le youtubeur Chez Anatole propose une analyse sociologique d’un phénomène mondial, avec Olivier Bessy
Nous vous recommandons vivement sa vidéo, instructive, rigoureuse et bien montée comme à son habitude.
Il y a quelques décennies, courir un marathon relevait de l’exploit. Aujourd’hui, des millions de personnes dans le monde chaussent leurs baskets pour prendre la ligne de départ, parfois jusqu’à accumuler des centaines de courses.
Pourquoi cette discipline, répétitive, exigeante et solitaire, attire-t-elle autant ?
Le sociologue Olivier Bessy, auteur d’une trilogie sur l’histoire de la course à pied, nous aide à comprendre ce phénomène complexe, bien plus profond qu’un simple effet de mode.
TL;DR : Pourquoi la course à pied séduit-elle autant ?
- La course à pied évolue : elle allie désormais santé physique, mentale et sociale, offrant un bien-être complet.
- Plus de temps libre et un changement des modes de vie incitent les gens à se lancer dans le running comme activité sportive.
- Le running est versatile : il peut être une échappée solitaire ou un moyen de créer des liens sociaux en groupe ou club.
- La technologie et les méthodes d’entraînement accessibles révolutionnent le running, le rendant plus quantifiable et personnalisé.
- Le désir de se dépasser, la quête d’une meilleure forme et l’envie de partager des expériences poussent les coureurs à enfiler leurs chaussures.
1. La santé : de l’enjeu physique à l’équilibre global
La première raison qui pousse à courir est évidemment la santé. Mais si cet argument semble évident, il cache une transformation profonde :
- Autrefois centrée sur la performance physique, la notion de santé englobe aujourd’hui le mental et le social.
- Beaucoup commencent à courir pour perdre du poids ou rester en forme, puis continuent pour les bénéfices sur le bien-être psychologique.
« Ce n’est plus seulement une santé physique, mais aussi mentale et sociale », explique Bessy.
Cette évolution explique en partie l’essor du running, mais elle ne suffit pas : si la santé était l’unique moteur, d’autres sports auraient connu le même boom.
A ce sujet, notre dossier peut-on courir quand on a mal au dos sera fort utile.
2. Plus de temps libre… mais ce n’est pas tout
Un autre facteur est l’évolution de nos modes de vie.
- En France, l’âge moyen du premier enfant est passé de 24 ans en 1975 à plus de 28 ans aujourd’hui.
- Le temps de travail annuel moyen a, lui, diminué de près de 400 heures.
Résultat : un capital temporel plus important, notamment dans la trentaine, période propice à l’adoption de nouvelles activités.
Mais là encore, ce n’est pas suffisant. Le sociologue rappelle que les excuses liées au « manque de temps » ou d’argent sont souvent des prétextes. Le vrai moteur est ailleurs : l’identité sportive et la manière dont on se perçoit comme coureur.

3. Un sport adapté à la solitude… et au partage
Le running séduit aussi parce qu’il s’adapte à tous les contextes sociaux :
- Sport individuel, il se pratique sans partenaire ni infrastructure.
- Mais il peut aussi devenir collectif, via des clubs, des événements ou des groupes informels créés sur des applications.
Cette flexibilité reflète un paradoxe moderne : on court pour être seul avec soi-même, mais aussi pour partager une passion.
4. Le confinement : un simple accélérateur
Si beaucoup ont commencé à courir après le Covid-19, le phénomène était bien antérieur.
- La première révolution date des années 1970 avec la démocratisation du jogging.
- Depuis, le nombre de courses, de magazines, d’équipements et de participants n’a cessé de croître.
Le confinement a renforcé la tendance, notamment par le besoin de liberté et le sentiment de se sentir vivant dans un contexte anxiogène. Mais il ne l’a pas créée.

5. Une réponse au stress et à l’hyperstimulation
Face à un monde de plus en plus stressant, la course propose une échappatoire simple.
- Elle permet de « mettre le cerveau sur off » ou d’entrer dans un état méditatif.
- Contrairement à d’autres sports techniques ou coûteux, elle ne demande aucune compétence préalable.
Ce caractère « réflexif » et autocentré répond à un besoin croissant d’introspection et de décompression.
6. Reconnexion à la nature… et paradoxe numérique
L’explosion du trail illustre un désir de se déconnecter des écrans. Pourtant, le paradoxe est flagrant :
- Beaucoup de coureurs utilisent des montres connectées ou des applications comme Strava.
- On cherche la nature, mais on la mesure, on la partage, on la compare.
Ce double mouvement reflète une société « transmoderne », où cohabitent des valeurs opposées.
7. Des méthodes d’entraînement plus accessibles
L’évolution des connaissances scientifiques a aussi démocratisé la course :
- Autrefois centrée sur l’effort intense, l’entraînement valorise désormais les longues sorties lentes (« zone 2 »).
- Cette approche, moins intimidante, rend la discipline accessible à tous.
Aujourd’hui, même les débutants peuvent viser un marathon grâce à des plans d’entraînement adaptés, une excellente nutrition (boisson d’effort, maltodextrine bio et whey protéine de qualité notamment) et une bonne quantification du stress mécanique.
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8. La culture de la data et du développement personnel
La course est aussi un sport mesurable, ce qui la rend compatible avec l’ère de la quantification de soi :
- Vitesse, VO2 max, cadence de course, fréquence cardiaque, temps de contact au sol… tout peut être suivi, analysé et optimisé. Par exemple via notre calculateur de cadence de course.
- Cette logique favorise une « performance autoréférencée » : l’objectif n’est pas seulement de battre les autres, mais de se dépasser soi-même.
9. Une quête d’image et de dépassement permanent
Enfin, le running s’inscrit dans une dynamique de défi permanent :
- Ce qui paraissait inatteignable hier (le marathon) est devenu banal avec l’apparition des ultras dont la figure de prou est l’UTMB (ultra trail du mont blanc.)
- Cette « fenêtre d’Overton » du sport pousse les pratiquants à viser toujours plus haut.
Même les temps intermédiaires deviennent symboliques : les statistiques montrent des pics de coureurs finissant juste avant des paliers horaires (3h, 4h…), preuve d’un désir de valorisation personnelle — particulièrement marqué chez les hommes.

Une pratique miroir de notre société
En conclusion, la course à pied est bien plus qu’un sport. C’est un miroir sociologique qui reflète les transformations profondes de notre époque :
- recherche de santé globale,
- besoin d’identité,
- paradoxe entre individualisme et communauté,
- quête de performance personnelle,
- rapport ambivalent à la technologie et à la nature.
« La course à pied traverse l’ensemble des sphères de la société : sociale, environnementale, économique, culturelle et sportive », résume Olivier Bessy.
Qu’on coure pour évacuer le stress, pour battre son record ou pour partager un moment collectif, chaque foulée raconte un peu de notre époque. Et si la meilleure façon de comprendre le monde moderne était simplement… d’aller courir ?
Sources :
- Canadian Running – Évolution du nombre de marathoniens
- Observatoire du running 2024 – Statistiques de pratique
- INSEE – Temps libre et âge à l’accouchement
- Distances+ – The State of Ultra Running 2020
- La grande enquête du running 2023 – Motivations des coureurs








